Des chercheurs français pointent l'effet de mélange de produits chimiques sur le neurodéveloppement
Une équipe de l'Inserm basée à Grenoble publie, dans la revue Environmental Health Perspectives, une étude qui met en relation l'exposition in utero à plusieurs substances chimiques et des scores de quotient intellectuel plus faibles chez les enfants évalués à l'âge de trois ans. Les travaux, conduits en collaboration avec le CNRS, le CHU de Grenoble et l'université de Grenade, s'appuient sur le suivi prospectif de la cohorte Sepages.
Les auteurs ont mesuré, par prélèvements urinaires répétés réalisés chez les femmes enceintes, l'exposition à quatre phtalates (DEHP, DEP, DnBP, DiBP) et à deux bisphénols (A et S). Ce protocole à prélèvements multiples distingue cette étude de nombreuses enquêtes antérieures qui se contentaient d'un seul prélèvement, ce qui améliore la caractérisation des expositions au cours de la grossesse.
"Des expositions pendant des périodes sensibles, notamment la grossesse, à un mélange de produits chimiques, dont certains sont des perturbateurs endocriniens, sont susceptibles d'avoir des effets sur le neurodéveloppement de l'enfant" — Claire Philippat, Inserm / université Grenoble-Alpes.
Les chercheurs ont analysé les relations entre ces mesures biologiques et les résultats à un test standardisé de QI passé par les enfants à 3 ans. Ils rapportent une association entre l'augmentation du niveau d'exposition au mélange étudié et une diminution moyenne du score de QI : −2,86 points lorsque l'exposition à l'ensemble des substances du mélange augmente d'un niveau, selon les commentaires transmis par l'équipe et cités dans le communiqué.
Méthode et limites
Le travail s'appuie sur 380 mères et leurs enfants inclus dans la cohorte Sepages. Les auteurs indiquent avoir utilisé une modélisation intégrant les connaissances antérieures et des approches statistiques robustes pour tenir compte du caractère complexe des expositions multiples. Néanmoins, il s'agit d'une étude épidémiologique observationnelle et non d'une preuve de causalité définitive : les associations observées peuvent être influencées par des facteurs résiduels ou des biais non maîtrisés.
- Population étudiée : 380 dyades mère‑enfant de la cohorte Sepages.
- Substances mesurées : quatre phtalates (DEHP, DEP, DnBP, DiBP) et deux bisphénols (A, S).
- Effet rapporté : baisse moyenne de 2,86 points de QI à 3 ans pour une augmentation d'un niveau du mélange.
- Revue : Environmental Health Perspectives.
Conséquences et appel à la réglementation
Les auteurs, parmi lesquels Claire Philippat et Rémy Slama, soulignent que ces résultats plaident pour un renforcement de la réglementation des substances identifiées, en particulier lorsqu'il s'agit d'expositions pendant des "périodes sensibles" comme la grossesse. Ils rappellent que l'exposition conjointe à plusieurs substances — plutôt que l'effet isolé d'un composé — peut avoir des conséquences sur le développement neurologique.
Les implications pour la santé publique dépendent toutefois de la confirmation de ces résultats par d'autres cohortes et méta‑analyses, ainsi que de la compréhension des mécanismes biologiques en jeu. Une évolution de la réglementation nécessiterait d'évaluer l'ensemble des preuves scientifiques, les niveaux d'exposition dans la population et les conséquences sociales et économiques d'éventuelles restrictions.
Que retenir ?
Cette étude ajoute des éléments à la littérature sur l'impact potentiel des perturbateurs endocriniens et des plastifiants utilisés dans de nombreux produits de consommation sur le neurodéveloppement. Elle met en lumière la nécessité d'études longitudinales avec mesures répétées et d'analyses prenant en compte les mélanges chimiques. Les autorités sanitaires et de réglementation pourront s'appuyer sur ce type de travaux pour réévaluer les risques et, le cas échéant, adapter les cadres normatifs.
| Élément | Donnée |
|---|---|
| Cohorte | Sepages (380 mères‑enfants) |
| Substances mesurées | 4 phtalates (DEHP, DEP, DnBP, DiBP) et 2 bisphénols (A, S) |
| Effet observé | Baisse moyenne de QI : −2,86 points liée à une hausse d'un niveau du mélange |
| Revue | Environmental Health Perspectives |