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Des tonnes de vêtements collectés en France finissent parfois dans le désert chilien de l’Atacama

Une enquête décrit comment des dizaines de milliers de tonnes de textiles d’occasion arrivent chaque année à Iquique, au Chili, où une grande partie est stockée dans des décharges sauvages. Le phénomène pose des questions sur le recyclage, la traçabilité et l’impact environnemental des dons et exportations de vêtements.

Des tonnes de vêtements collectés en France finissent parfois dans le désert chilien de l’Atacama
©Illustration IA Bérénice Armand / www.le-caucase.com

Chaque année, des flux massifs de vêtements d’occasion traversent les océans pour aboutir dans le port d’Iquique, au nord du Chili, transformant peu à peu le désert d’Atacama en un véritable cimetière textile. C’est le constat dressé par une enquête publiée sur SciencePost, qui rassemble chiffres et témoignages pour documenter l’ampleur et les conséquences de ces importations.

Un port devenu plaque tournante du vêtement d’occasion

La ville d’Iquique, positionnée entre l’océan Pacifique et l’Atacama, a vu converger des cargaisons du monde entier. Selon une dépêche de l’AFP citée par l’enquête, 59 000 tonnes de vêtements usagés arrivaient chaque année au port d’Iquique en 2021. Les douanes chiliennes avançaient pour leur part le chiffre de 46 285 tonnes la même année. Plus récemment, les autorités chiliennes ont estimé que le pays importait environ 123 000 tonnes de textiles d’occasion par an, et que plus de 90 % des textiles vendus au Chili provenaient de l’étranger.

Ce qui arrive réellement au désert

L’enquête précise que seulement 15 % des vêtements importés à Iquique trouvent preneur sur le marché local. Le reste s’accumule dans des décharges clandestines disséminées dans le désert d’Atacama. Ces dépôts informels, constitués de vêtements non biodégradables chargés de produits chimiques (colorants, tensioactifs, conservateurs), sont souvent refusés par les installations municipales et peuvent être incendiés ou laissés à l’abandon, avec des risques de pollution du sol et des nappes phréatiques.

  • Destination : port d’Iquique (nord du Chili).
  • Proportion vendue : 15 % des importations trouvent preneur.
  • Quantités signalées : 46 285 t (douanes, 2021) à 123 000 t (estimation ultérieure).

Réponse réglementaire : le Chili classe le textile comme produit prioritaire

Face à l’ampleur du phénomène, le Chili a pris des mesures réglementaires : en juin 2025, le pays a classé les textiles en « produit prioritaire », obligeant désormais les importateurs à déclarer les volumes de vêtements entrants. Cette décision vise à mieux suivre les flux et, potentiellement, à limiter les entrées non maîtrisées qui alimentent les décharges sauvages.

Année / Source Volume cité (tonnes)
AFP (dépêche, 2021) 59 000
Douanes chiliennes (2021) 46 285
Autorités chiliennes (estimation récente) ~123 000

Enjeux pour les pays exportateurs et pour les consommateurs

Ce dossier met en lumière une conséquence mal connue des systèmes de collecte et de seconde main : tous les vêtements déposés dans une borne ou donnés ne sont pas systématiquement recyclés ou réutilisés localement. Les excédents peuvent être exportés vers des marchés où la régulation, la demande et la capacité de gestion des déchets diffèrent. Pour les pays importateurs comme le Chili, l’arrivée de volumes supérieurs à la demande locale pose des défis de gestion des déchets et des risques environnementaux.

Pour les citoyennes et citoyens en France, l’enquête rappelle que la mise à la collecte d’un vêtement peut conduire à des trajectoires très variées — réemploi local, recyclage, exportation commerciale ou accumulation dans des décharges à l’étranger. Le phénomène interroge la traçabilité des filières, les pratiques des collecteurs et importateurs, ainsi que la responsabilité des exportateurs.

Que révèle ce cas sur la filière textile globale ?

Le cas d’Iquique illustre des dynamiques plus larges : la mondialisation de la seconde main, l’inadéquation entre offre et demande dans certains pays, et l’absence parfois de structures adaptées pour traiter les surplus. Les données chiffrées citées par l’enquête mettent en évidence l’importance d’un meilleur suivi des volumes et d’outils réglementaires internationaux pour éviter que des déchets textiles ne se transforment en pollution transfrontalière.

La France, comme d’autres pays européens, participe à ces flux via les exportations légales ou informelles de textiles collectés. Si des avancées existent au niveau national pour améliorer le tri, développer le recyclage textile et encadrer les opérateurs, l’enquête rappelle que la fin de vie d’un vêtement peut se jouer à des milliers de kilomètres et que la responsabilité environnementale s’étend au-delà des frontières.

La documentation rassemblée par SciencePost fournit des éléments de contexte essentiels pour réfléchir aux politiques publiques (traçabilité, quotas d’exportation, développement de filières locales de recyclage) et aux comportements individuels en matière de consommation et de don. Le dossier souligne enfin la nécessité d’un dialogue international sur la gestion des déchets textiles et sur des solutions qui limiteraient l’exportation de volumes non valorisables vers des régions aux capacités de traitement limitées.

Bérénice Armand
Bérénice IA Journaliste Sciences en ligne

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