Quand on évoque les routes sinueuses et les paysages sauvages de France, les Cévennes viennent souvent à l’esprit. Pourtant, à l’ombre des Alpes, le massif du Vercors déploie un spectacle tout aussi grandiose, voire plus saisissant pour qui recherche l’ivresse des hauteurs et la quiétude des grands espaces. Loin des foules estivales, l’arrière-saison révèle ses falaises calcaires sous une lumière dorée, transformant ses routes audacieuses et ses plateaux infinis en une destination de choix pour les amateurs d’aventure et de contemplation.
Les routes vertigineuses du Vercors : un héritage historique
Les routes qui sillonnent aujourd’hui le Vercors ne sont pas de simples voies de communication. Elles représentent un véritable témoignage de l’ingéniosité et de la persévérance humaines face à une nature redoutable. Leur histoire est intimement liée à la volonté de désenclaver ce bastion naturel et d’en exploiter les richesses, principalement forestières.
L’audace des pionniers du XIXe siècle
La construction de ces axes a débuté au milieu du XIXe siècle, une époque où les moyens techniques étaient rudimentaires. Il fallait une main-d’œuvre courageuse, des hommes suspendus au-dessus du vide, pour tailler la roche à la main et tracer des chemins là où cela paraissait impossible. La route des gorges de la Bourne, reliant Pont-en-Royans à Villard-de-Lans sur 24 kilomètres, a nécessité onze années de labeur acharné entre 1861 et 1872. Cet ouvrage pharaonique fut l’un des premiers à ouvrir le cœur du massif.
Des chefs-d’œuvre d’ingénierie
Ces routes sont de véritables prouesses techniques. Le principe de la route à encorbellement, taillée directement dans la paroi verticale, est la signature du Vercors. Les ingénieurs de l’époque ont su jouer avec le relief pour créer des passages spectaculaires, des tunnels creusés à même la falaise et des balcons offrant des vues plongeantes sur les vallées. Chaque virage est une surprise, un nouveau panorama qui se dévoile, justifiant à lui seul le voyage.
Après avoir exploré cet héritage façonné par l’homme, il est temps de s’engager sur l’un de ces tracés mythiques, à commencer par celui qui a longtemps été considéré comme l’une des merveilles du Dauphiné.
Panoramas à couper le souffle : la route des Grands Goulets
La route des Grands Goulets est sans doute l’une des plus légendaires du Vercors, bien que son histoire récente ait changé la manière de l’appréhender. Son tracé originel, aujourd’hui fermé, reste un symbole de l’audace des constructeurs de l’époque.
Un tunnel pour préserver un site exceptionnel
En 2005, en raison de chutes de pierres de plus en plus fréquentes et dangereuses, la route originelle a été définitivement fermée à la circulation. Pour maintenir la liaison entre la vallée et le cœur du Vercors, un tunnel moderne de 1,7 kilomètre a été percé. Si ce nouvel itinéraire est bien plus sûr, il a fait perdre au voyageur l’expérience immersive et vertigineuse de l’ancien tracé. Il témoigne cependant de l’évolution des priorités, où la sécurité prime désormais sur le spectaculaire.
L’ancien tracé : un vestige spectaculaire
L’ancienne route des Grands Goulets serpentait au fond d’un canyon extrêmement étroit, parfois large de quelques mètres seulement, avec des falaises de plusieurs centaines de mètres de haut de chaque côté. La route, accrochée à la paroi, passait sous des voûtes rocheuses naturelles, donnant l’impression de pénétrer dans les entrailles de la terre. Bien qu’inaccessible en voiture, le souvenir de cette route et les quelques points de vue encore possibles sur les gorges continuent d’alimenter le mythe du Vercors.
Si la nostalgie des Grands Goulets est palpable, une autre route, tout aussi impressionnante et parfaitement accessible, offre des sensations fortes et des panoramas tout aussi inoubliables.
La route de Combe Laval : l’incontournable du Vercors
Considérée par beaucoup comme l’une des plus belles et des plus impressionnantes routes de France, la D76 qui traverse Combe Laval est une expérience de conduite à part entière. Elle est l’archétype même de la route en balcon du Vercors.
Une route taillée pour le bois
Comme beaucoup de ses consœurs, la route de Combe Laval a été percée à la fin du XIXe siècle pour faciliter le transport du bois depuis la forêt de Lente vers la vallée de l’Isère. Elle relie le col de la Machine à Saint-Jean-en-Royans. Sa partie la plus célèbre est une section de plusieurs kilomètres où la chaussée est littéralement suspendue au-dessus d’un cirque de falaises de plus de 600 mètres de haut.
Sensations fortes et prudence de mise
La route est étroite, les croisements peuvent être délicats et les courts tunnels non éclairés, taillés grossièrement dans la roche, ajoutent au caractère aventureux du trajet. La vue est absolument vertigineuse et il est conseillé de s’arrêter sur les quelques aires de stationnement aménagées pour en profiter en toute sécurité. Le vide est omniprésent, et la sensation de flotter au-dessus du paysage est saisissante.
| Route | Longueur approximative | Point de départ / Arrivée | Particularité principale |
|---|---|---|---|
| Combe Laval (D76) | 13 km | Col de la Machine / St-Jean-en-Royans | Route en balcon au-dessus d’un cirque de 600m |
| Gorges de la Bourne (D531) | 24 km | Pont-en-Royans / Villard-de-Lans | L’une des plus longues routes de gorges du massif |
| Gorges du Nan (D22) | 8 km | Cognin-les-Gorges / Malleval-en-Vercors | Itinéraire plus intime et très encaissé |
Au-delà de ces grands noms, le Vercors recèle des trésors plus discrets mais tout aussi enchanteurs, à l’image des gorges creusées par le torrent du Nan.
À la découverte des gorges spectaculaires du Nan
Moins connue que ses voisines, la route des gorges du Nan offre une expérience plus intime et sauvage. Elle relie le village de Cognin-les-Gorges à Malleval-en-Vercors, un village perché et isolé qui semble vivre hors du temps.
Un itinéraire plus confidentiel
La route D22 est encore plus étroite et sinueuse que les autres. Elle est souvent déconseillée aux camping-cars et demande une attention constante. Cette relative difficulté d’accès a permis de préserver son caractère authentique. On y croise peu de monde, ce qui renforce le sentiment d’être un explorateur privilégié découvrant un passage secret.
Entre falaises et cascades
Le tracé suit le cours du Nan, un torrent qui a sculpté une gorge profonde et verdoyante. La route, taillée dans la falaise, passe sous des surplombs rocheux où l’eau suinte en permanence, créant une ambiance humide et fraîche. En automne, les couleurs des feuillages contrastent magnifiquement avec le gris de la roche calcaire, offrant un spectacle visuel de premier ordre.
Ces routes, aussi spectaculaires soient-elles, ne sont que les portes d’entrée vers un autre visage du Vercors : celui de ses immenses plateaux d’altitude.
Les plateaux du Vercors : paradis des randonneurs
Une fois l’ascension terminée, le paysage change radicalement. Les gorges étroites laissent place à de vastes étendues ondulées, des plateaux calcaires où le regard se perd à l’horizon. C’est le domaine de la randonnée, du silence et de la nature à l’état brut.
Un paysage de steppe et de silence
Les hauts plateaux du Vercors constituent la plus grande réserve naturelle de France métropolitaine. Ce territoire sauvage est dépourvu de routes et d’habitations permanentes. On y trouve des paysages de steppe, des forêts de pins à crochets et des formations géologiques typiques comme les lapiaz. C’est un lieu idéal pour se déconnecter et se ressourcer.
La randonnée en arrière-saison
L’automne est une saison privilégiée pour explorer les plateaux. La lumière rasante sublime les reliefs, les mélèzes se parent de leur couleur d’or et la fréquentation touristique est au plus bas. C’est le moment parfait pour des randonnées inoubliables, à condition d’être bien équipé pour faire face à une météo qui peut changer rapidement en montagne.
- Pour les familles : Le plateau d’Ambel offre des balades faciles avec des vues superbes sur la vallée de la Drôme.
- Pour les sportifs : L’ascension du Grand Veymont, point culminant du massif à 2341 mètres, est un classique qui récompense l’effort par un panorama à 360 degrés.
- Pour l’aventure : La traversée des Hauts-Plateaux sur plusieurs jours, en dormant dans les refuges non gardés, est une expérience immersive unique.
Une telle escapade, entre routes vertigineuses et plateaux sauvages, demande un minimum d’organisation pour être appréciée à sa juste valeur.
Préparer votre voyage dans le Vercors en arrière-saison
Voyager dans le Vercors en automne est une excellente idée, mais cela requiert quelques précautions pour que le séjour se déroule dans les meilleures conditions.
Climat et équipement
La météo en montagne est imprévisible. En arrière-saison, les journées peuvent être douces et ensoleillées, mais les nuits sont fraîches et la neige peut faire son apparition sur les sommets. Il est impératif d’adopter le système des trois couches pour vos randonnées (un sous-vêtement technique, une polaire et une veste imperméable et coupe-vent). N’oubliez pas gants et bonnet, même si le temps semble clément au départ.
Hébergement et logistique
De nombreux hébergements et restaurants restent ouverts en automne, mais certains établissements saisonniers peuvent être fermés. Il est plus prudent de réserver votre logement à l’avance, surtout si vous visez des gîtes ou des auberges dans les villages les plus reculés. Pensez également à vérifier les horaires d’ouverture des sites touristiques et des offices de tourisme.
Conseils pour la route
Les routes du Vercors demandent un véhicule en bon état et un conducteur serein. Avant de vous engager sur les itinéraires les plus escarpés, vérifiez les conditions de circulation. Certains cols peuvent être fermés temporairement après une chute de neige précoce. Roulez doucement, profitez du paysage et n’hésitez pas à klaxonner dans les virages sans visibilité.
Le Vercors se révèle ainsi être une destination d’une richesse insoupçonnée, un territoire où la route n’est pas seulement un moyen mais une fin en soi. Il offre un parfait équilibre entre l’adrénaline des tracés en corniche et la sérénité de ses plateaux d’altitude. Loin de n’être qu’une alternative, il s’impose comme un choix de premier ordre pour une escapade automnale, promesse d’émerveillement et d’aventure authentique.
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