Une mesure simple pour réduire massivement les collisions
Chaque année en France, 60 000 chauves-souris sont victimes des pales des éoliennes en rotation, selon une estimation reprise par l'étude publiée dans la revue Journal of Applied Ecology. Pour évaluer des solutions, des chercheurs du Muséum national d'histoire naturelle ont analysé les données de mortalité issues de 600 parcs éoliens répartis sur le territoire français.
Les résultats indiquent qu’un arrêt temporaire des éoliennes pendant la nuit — période coïncidant avec le pic d’activité des chauves-souris — permettrait de réduire la mortalité de ces animaux de plus de 80 %. Cette technique, dite de bridage, consiste à limiter la rotation des pales lors des fenêtres horaires les plus à risque.
Limiter les pertes d’électricité grâce à un algorithme
Une adaptation fine du bridage permet d’en réduire l’impact sur la production. Les chercheurs ont combiné les connaissances comportementales des chiroptères (préférence pour voler par temps sans pluie et à faible vent) pour définir un algorithme de bridage. Selon l'étude, ce dispositif améliorerait l'efficacité de la protection : il réduirait la mortalité jusqu'à 90 % tout en limitant la perte de production électrique à une fourchette évaluée entre 3,5 % et 5 %.
- Nombre d’éoliennes en France : environ 10 000.
- Mortalité annuelle estimée : 60 000 chauves-souris tuées par collision.
- Source des données : mortalié/production issues de 600 parcs éoliens analysés dans l'étude.
Un compromis entre biodiversité et production
Les auteurs comparent deux approches de bridage. Une coupure simple des machines la nuit réduit la mortalité de plus de 80 %, mais entraînerait une baisse de production plus marquée, estimée entre 10 % et 15 % selon l'étude. En revanche, un bridage piloté par l'algorithme — tenant compte des conditions météo et des fenêtres d'activité des chauves-souris — atteint un meilleur ratio protection/production : près de 90 % de réduction de mortalité pour seulement 3,5–5 % de perte de production.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Éoliennes en France | ~10 000 |
| Mortalité annuelle de chauves-souris | 60 000 |
| Réduction de mortalité (arrêt nuit) | >80 % |
| Réduction de mortalité (algorithme de bridage) | ~90 % |
| Perte de production (bridage simple) | 10–15 % |
| Perte de production (bridage optimisé) | 3,5–5 % |
Implications pour la gestion des parcs éoliens
Alors que la France poursuit le déploiement d'énergies renouvelables pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre, cette étude met en lumière une tension opérationnelle : concilier la production décarbonée et la protection d'espèces protégées, ici des chiroptères essentiels aux écosystèmes et à l'agriculture par leur rôle de prédateurs d'insectes ravageurs.
Les auteurs montrent qu'il existe des modalités techniques pour réduire fortement les mortalités sans compromettre de manière significative la production nationale. Ces résultats offrent un cadre scientifique pour des décisions d'exploitation (horaires de bridage, critères météorologiques) et pour d'éventuelles évolutions réglementaires ou aides à l'implémentation d'algorithmes de gestion.
Rappel méthodologique : l'étude s'appuie sur l'analyse de données empiriques provenant de 600 parcs et sur des connaissances comportementales des espèces ; elle a été publiée dans Journal of Applied Ecology et signée par des chercheurs du Muséum national d'histoire naturelle.