Une campagne globale d’ADN environnemental pour mieux connaître les océans
L’Unesco a annoncé le lancement du projet Expéditions ADNe, une campagne de prélèvements d’ADN environnemental visant à dresser une cartographie fine de la biodiversité marine. L’objectif chiffré du programme est de collecter 3 000 échantillons d’eau de mer d’ici à 2028, en mobilisant scientifiques et communautés locales pour suivre l’évolution des écosystèmes marins.
Méthode : quelques litres d’eau suffisent
Le projet s’appuie sur la puissance de l’ADN environnemental (ADNe) : des prélèvements d’eau de mer, même de faible volume, permettent de détecter la présence d’espèces par l’analyse des fragments d’ADN qu’elles laissent dans l’eau. Lors de missions antérieures, l’Unesco note qu’à l’atoll d’Aldabra (Seychelles) « quelques litres d’eau » ont permis de répertorier 800 espèces, dont 13 types de requins et raies, selon Ward Appeltans, responsable du Système d’information sur la biodiversité océanique de l’Unesco.
« Il peut s’agir de la détection précoce d’espèces invasives, de l’établissement de données de référence sur la biodiversité, ou de la recherche d’espèces cryptiques ou menacées » — Mme Suominen
Le recours à l’ADNe permet ainsi de :
- détecter précocement des espèces invasives ;
- établir des données de référence sur la composition des communautés biologiques locales ;
- rechercher des espèces cryptiques ou menacées difficiles à repérer par les méthodes traditionnelles.
Zones ciblées, y compris des territoires français éloignés
Les prélèvements seront conduits dans des points d’accès facile et dans des secteurs très reculés et difficiles d’accès pour la plupart des chercheurs. Le projet prévoit notamment des missions dans les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) et dans l’océan Arctique. À Ilulissat, dans l’ouest du Groenland — site classé par l’Unesco — les pêcheurs locaux ont signalé des changements d’espèces liés au réchauffement :
« Des poissons, des baleines apparaissent dans des zones où ils étaient rarement ou jamais observés auparavant. L’ADN environnemental peut vraiment nous aider à identifier quelles espèces sont désormais présentes dans ces eaux » — Tales Carvalho Resende, programme du patrimoine mondial marin de l’Unesco
Conséquences et usages attendus
Les données issues des Expéditions ADNe doivent servir à plusieurs usages concrets : surveiller la modification des aires de répartition liées au changement climatique, appuyer la gestion locale des pêcheries, documenter la présence d’espèces protégées et fournir des références pour des suivis à long terme. Le programme mettra aussi l’accent sur la collaboration avec des communautés locales, dont les prélèvements peuvent compléter les campagnes scientifiques classiques.
| Indicateur | Chiffre ou exemple |
|---|---|
| Objectif d’échantillons | 3 000 échantillons d’eau d’ici 2028 |
| Mission pilote | Aldabra : 800 espèces détectées à partir de quelques litres d’eau, dont 13 requins et raies |
| Sites difficiles visés | TAAF, océan Arctique, fjord d’Ilulissat (Groenland) |
En rapprochant méthodes de pointe et savoirs locaux, l’initiative vise à améliorer la connaissance des milieux marins à une échelle encore peu documentée, tout en fournissant des outils opérationnels pour la conservation et la surveillance face aux pressions climatiques et biologiques.